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Olivier Varennes | mardi 30 août 2016 - | Dernière modification le

Interview de la présidente de l'Ordre à l'occasion des 70ans de la profession


Diplômée en kinésithérapie depuis plus de 30 ans, la présidente du Conseil National de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes nous raconte sa vision du métier, passé et avenir, à la veille des 70 ans de la création de la profession de masseur-kinésithérapeute et des 10 ans de l’Ordre.



Quel est votre regard sur l’évolution de la profession au cours de ces dernières années ?

Pascale Mathieu : Pendant très longtemps, j’ai eu l’impression qu’en France les choses étaient restées figées par rapport aux autres pays. Il y a eu pourtant beaucoup d’avancées en kinésithérapie, notamment avec l’augmentation du nombre de publications dans les pays étrangers, mais rien n’évoluait chez nous faute de recherche structurée. Malgré tout, de nombreuses nouvelles compétences (en rééducation vestibulaire, en uro-gynécologie ou dans le domaine de la rééducation de la déglutition) ont été dues aux kinés, la profession est donc très dynamique et innovante. Et ce qui est resté préoccupant, c’est que beaucoup de professionnels sont arrivés sur le champ de la kinésithérapie, s’appropriant des compétences du kiné, et en faisant de tout, sans aucun contrôle et souvent sans formation appropriée. L’autre énorme évolution a été l’arrivée massive de kinés européens en France. Difficile de réguler une profession par des quotas, alors que 40% des nouveaux inscrits viennent d’Europe.

Pour vous, quels sont les moments qui ont marqué la profession ?

PM : je pense que l’arrivée du bilan kiné dans les années 2000, marque un tournant pour les professionnels. C’était la fin de la prescription quantitative et l’arrivée du qualitatif. Le kiné a acquis le diagnostic kinésithérapique, et n’est plus un auxiliaire médical qui exécute des consignes, mais un professionnel du soin à part entière. L’arrivée du bilan a permis aux kinés de justifier leurs techniques tout comme d’assurer leur autonomie auprès des patients. 
Un autre changement majeur : l’arrivée de l’ordre, il y a 10 ans ! Les détracteurs diront qu’il est une émanation des pouvoirs publics créé avec l’argent des kinés, mais c’est faux. L’ordre permet une gestion autonome des professionnels par les professionnels eux-mêmes, et c’est le seul gage d’autonomie.

Quels sont les grands chantiers à venir pour l’Ordre ?

PM : Il y en a énormément ! A la création de l’ordre, il a fallu inscrire 70 000 kinés, mettre en place nos conseils ou encore former les élus. Dans l’avenir, nous souhaitons développer un outil démographique, afin de suivre l’activité des kinés, l’offre de soins sur le territoire, les perspectives d’évolution pour chacun ou encore l’âge des personnes en exercice. La vraie question reste encore l’amélioration de l’offre de soins, qu’il faut optimiser avec les autres professionnels de santé, car la notion d’équipe de soins est essentielle. La régulation démographique est également un véritable enjeu pour nous. Avec l’arrivée des européens, qu’allons-nous faire des quotas ? Il y a des plus en plus de jeunes français qui se forment à l’étranger puis exercent en France. 

« La kinésithérapie colle d’avantage à la définition d’une profession médicale à accès direct, c’est là que nous voulons conduire notre profession »

En 2015, nous avons réalisé un travail important de réécriture de la définition de la profession. On ne raisonne non plus par des actes, mais par des missions de santé, et je dirais même de santé publique. Ce qui est capital pour nous, c’est que cette définition soit écrite de la même façon que pour les professions médicales. La kinésithérapie colle d’avantage à la définition d’une profession médicale à compétences définies, à accès direct, c’est là que nous voulons conduire notre profession. Et pour exemple, je citerai le décret d’actes sur lequel nous sommes très actifs avec les syndicats et les professionnels afin de le réactualiser. 

Quelle place donne l’Ordre à la kinésithérapie scientifique ?

PM : D’un point de vue scientifique, nous avons souhaité la création d’un regroupement d’universitaires et de professionnels de la kinésithérapie qui permettra l’émergence d’une véritable discipline scientifique. A ce titre, on peut citer l’existence du Prix de l’Ordre, une récompense financière destinée à promouvoir la kinésithérapie scientifique, et encourager la recherche ou encore les jeunes diplômés. D’autres prix permettent aux doctorants de publier leurs travaux de thèse, ou aux masters de continuer sur une thèse.

« Faire respecter la déontologie et lutter contre toutes les dérives thérapeutiques »

Mais les enjeux de l’Ordre restent nos missions quotidiennes : faire respecter le code de déontologie et lutter contre toutes les dérives thérapeutiques. Nous collaborons au sein de la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires dans le monde de la santé MIVILUDES, qui vise à lutter contre toutes ces dérives. Le conseil de l’Ordre rend régulièrement des avis, soit autorisant (par exemple l’utilisation pour le kiné de l’échographie comme outil), ou bien interdisant certaines pratiques, qui ne sont pas assez documentées, ou ne reposent pas sur une démarche scientifique réelle (la fasciathérapie, ou encore la microkinésithérapie). 

Quelle est la place de l’Ordre au niveau européen ?

PM : Nous nous déplaçons de plus en plus à Bruxelles, afin de faire entendre la voix de la kinésithérapie française en Europe. Et pour aller encore plus loin, nous souhaitons faire acte de candidature au sein de la WCTP (World Confederation for Physical Therapy), afin d’avoir accès à toutes les connaissances de la confédération, et notamment aux nombreuses bases de données (en pédiatrie, thérapie manuelle, url-gynécologie…) pour en faire bénéficier tous les kinésithérapeutes inscrits à l'ordre.
Et au-delà de ces actions internationales, n’oublions pas notre rôle national. J’ai par exemple récemment été reçue au ministère pour rendre les kinés visibles au cours des campagnes de santé publique. Un des objectifs qui me tient à cœur, est celui d’impliquer fortement les kinésithérapeutes au cours du premier mois sans tabac, en Novembre. Il s’agit pour nous de passer à l’acte, et de défendre de manière importante la santé publique.

A l’occasion des 10 ans de l’ordre et des 70 ans de la profession, vous organisez un colloque autour de la kinésithérapie et des nouvelles technologies à la cité des Sciences à Paris, alors selon vous, la machine pourra-t-elle remplacer la main du kiné ?

PM : Je n’espère pas ! Il y a autour des nouvelles technologies, des choses très intéressantes qui se développent. Prenons par exemple, la création de mannequins très réalistes pour la formation, qui permettent des auscultations pulmonaires précises, l’écoute des bruits de la respiration, ou tout simplement de s’entraîner pour certaines techniques. Et n’oublions pas que les nouvelles technologies sont un véritable vivier de start-ups, toutes plus prometteuses, qui sont source d’inventions d’objets ou d’applications connectées, pour aider le patient à domicile. Ce ne sont pas de simples gadgets, et selon moi, l’intérêt est simplement de rendre le patient autonome. Un exemple : des semelles connectées pour apprendre à remarcher. Ou encore, l’arrivée de la télémédecine qui permettra de connecter plusieurs professionnels à distance, avec le patient chez lui. Mais il est important de garder l’être humain au cœur du soin, même face à des machines. Et un des défis que nous aurons à relever, sera celui de la protection des données face aux nouvelles technologies, et être garants de l’éthique. Tout cela fera certainement parti des nouvelles missions que l’Ordre aura à accomplir.


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